Coût de l’électricité

Page mise à jour le 13 février 2018

Les chiffres indiqués dans cette page sont donnés pour 1 MWh.

Le prix de l’électricité est composé pur un tiers, de la production, un tiers de la distribution et un tiers de taxes. Il est utile de comparer les coûts de production d’électricité à l’ARENH et au prix de gros de l’électricité :

  • L’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (ARENH) permet, aux fournisseurs concurrents d’EDF, de profiter de la fourniture d’électricité à un prix compétitif par les centrales historiques d’EDF. L’article L337-14 du Code de l’Energie régit les modalités servant à fixer le prix de l’ARENH. En 2014, le MWh coûtait 42,0 € (depuis le 1er janvier 2012). EDF souhaite à terme, un montant plus élevé (52 €), mais les fournisseurs alternatifs ont intérêt à s’approvisionner au prix de gros, actuellement plus avantageux.
  • Le prix de gros résulte de l’offre et de la demande. L’European Power Exchange (EPEX) publie sur son site le prix de gros au jour le jour. Ce prix est extrêmement volatile. Il varie en permanence au cours de la journée. Il peut même être négatif lorsque l’offre excède la demande. En moyenne, le prix de gros de l’électricité avoisine les 40,0 €.

Coûts de production

Dans un article de 2012, J.-M. Jancovici détaille les coûts de production de l’électricité. Ceux-ci prennent en compte :

  • le prix du combustible délivré à la centrale électrique,
  • l’investissement pour sa construction et
  • les coûts d’exploitation (hors combustible).

Le prix du combustible inclut le droit d’accès à la ressource, l’extraction, le transport et la transformation de celui-ci de manière à être utilisé par la centrale. L’investissement tient compte de facteurs financiers, tels que le taux d’actualisation. À ces coûts peuvent s’ajouter le prix du carbone s’il est appliqué. Il convient donc d’imaginer plusieurs scénarios pour l’avenir.

Les chiffres indiqués ci-dessous ne tiennent pas compte de l’intermittence de certaines sources primaires. L’éolien et le photovoltaïque nécessitent des dispositifs de stockage (centrales STEP, par exemple) dont les coûts d’investissement et d’exploitation grèvent le prix de l’électricité délivrée aux consommateurs.

Nucléaire amorti

  • 49,5 € en 2010, en France, selon la Cour des Comptes (dans son rapport de 2012). Avant Fukushima, il s’élevait à 42,0 €. Ce coût est estimé pour le parc existant. Il s’agit d’un coût courant économique, qui ne tient pas compte de l’historique de financement du parc.
  • 59,8 € en 2013, toujours selon la Cour des Comptes (dans son rapport de 2014). Ce coût inclut le loyer économique (21,1 €/MWh), les dépenses d’exploitation (24,8 €/MWh), les investissements de maintenance (9,4 €/MWh) et les provisions pour démantèlement et gestion des déchets et du combustible (respectivement 1,3 et 3,2 €/MWh). Malgré son augmentation depuis l’évaluation précédente, le coût du nucléaire français reste inférieur au coût estimé par l’AIE en Europe (source : Ministère de de la transition écologique et solidaire)
  • 33,0 € selon la SFEN (Société Française d’Énergie Nucléaire) dans son rapport de septembre 2017, qui dit pourtant s’appuyer sur les chiffres d’EDF et de la Cour des Comptes.

Nucléaire EPR

  • Environ 100 € en 2014 (moyenne entre Flamanville et Hinkley Point) selon prix-elec.com (source ecosources.info). En 2014, la Cour des Comptes estimait que le coût de production d’électricité produite par les EPR serait compris entre 70 et 90 € le MWh. Cependant, la facture de Flamanville augmente d’années en années…. et le prix de vente négocié avec le gouvernement britannique en 2013, s’établissait à 114 € le MWh.
  • En 2012, J.-M. Jancovici estimait que la part du combustible dans le coût du MWh électrique était comprise entre 3 et 10 € (rendement 33%). Dans son hypothèse « classique » (pas de taxe carbone, croissance économique soutenue (taux d’actualisation à 8%), cours constant des énergies primaires), J.-M. Jancovici estime le coût de production du MWh nucléaire à 84 € en moyenne, pour les centrales de type EPR.
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 82,6 €. (source : lafinancepourtous.com)

Énergie thermique (charbon)

  • En 2012, J.-M. Jancovici estimait que la part du combustible dans le coût du MWh électrique était comprise entre 10 et 50 € (rendement 33% en l’absence de cogénération). La valeur basse correspond à des centrales électriques proches du lieu d’extraction (pas de transport). Dans son hypothèse « classique » (pas de prix du carbone), J.-M. Jancovici estime le coût de production du MWh issu du charbon à 55 € en moyenne.
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 83,5 €avec une taxe carbone égale à 30 dollars la tonne (source : lafinancepourtous.com)

Énergie thermique (gaz)

  • Entre 70 € et 100 € en 2014, en France, selon prix-elec.com (source ecosources.info).
  • En 2012, J.-M. Jancovici estimait que la part du combustible dans le coût du MWh électrique était comprise entre 13 et 110 € (rendement 45%). Dans son hypothèse « classique », J.-M. Jancovici estime de coût de production du MWh issu du gaz, à 62 € en moyenne.
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 102,9 €avec une taxe carbone égale à 30 dollars la tonne (source : lafinancepourtous.com)

Énergie thermique (pétrole)

  • En 2012, J.-M. Jancovici estimait que la part du combustible dans le coût du MWh électrique était comprise entre 30 et 150 € (35-40% en l’absence de cogénération).

Hydroélectricité

  • 17,0 € en 2014 selon prix-elec.com (source ecosources.info). Il doit s’agir d’un coût courant économique, qui ne tient pas compte de l’historique de financement du parc.
  • Dans le cas de l’hydroélectricité, le combustible ne coûte rien… mais J.-M. Jancovici estimait, en 2012, dans son hypothèse « classique » que les investissements et l’exploitation coûtaient 100 € le MWh. Ce coût inclut certainement l’investissement dans la construction de nouveaux barrages.
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 80,7 €. (source : lafinancepourtous.com)

Solaire

  • 142,5 € en 2014 pour le solaire non intégré au bâti, selon prix-elec.com (source ecosources.info). Cette estimation se basait sur des réponses à des appels d’offre effectués cette année-là. Le tarif d’achat par EDF est de 150 € cette année là. Ce chiffre est en baisse constante.
  • En 2015, les résultats d’appels d’offre faisaient état d’un coût voisin de 70 € (source : Ministère de de la transition écologique et solidaire)
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 130,8 € (source : lafinancepourtous.com)
  • Le Syndicat des Énergies Renouvelables table sur 55 € en 2017.
  • En 2016, l’ADEME estime que le coût de production photovoltaïque au sol s’établit entre 64 € et 167 € selon le taux d’actualisation (3 et 8%, respectivement).
  • Dans le cas du solaire, le combustible ne coûte rien.

Éolien terrestre

  • 82,0 € en 2014 selon prix-elec.com (source ecosources.info) selon les avis de la CRE et de la Cour des Comptes.
  • Dans le cas de l’éolien, le combustible ne coûte rien. En 2012, J.-M. Jancovici estimait, dans son hypothèse « classique », que les investissements et l’exploitation coûtaient 71 € le MWh… mais en cas d’association avec un stockage de type STEP, ils monteraient à près de 250 €. Mais il faut bien voir que cette hypothèse n’est valable que pour le cas où toute l’énergie éolienne serait stockée. Une bonne partie de la production d’électricité issue des renouvelables a pour but d’être immédiatement consommée. On ne stocke que les surplus… mais l’on doit aussi penser à l’énergie de substitution en cas de déficit de production.
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 91,8 € (source : lafinancepourtous.com)
  • En 2016, l’ADEME estime que le coût de production des éoliennes de nouvelle génération s’établit entre 50 € et 94 € selon le taux d’actualisation (3 et 8%, respectivement).

Éolien offshore

  • 180,0 € en 2014 selon prix-elec.com (source ecosources.info), selon les résultats d’appels d’offre pour Noirmoutier et Le Tréport.
  • Dans le cas de l’éolien, le combustible ne coûte rien. Mais, en 2012, J.-M. Jancovici estimait que les investissements et l’exploitation coûtaient 140 € le MWh
  • En 2015, l’Agence Internationale de l’Énergie estimait la médiane du coût de production actualisé à 174,2 € (source : lafinancepourtous.com);
  • En 2016, l’ADEME estime que le coût de production des éoliennes posées s’établit entre 123 € et 227 €, celui des éoliennes flottantes entre 165 € et 364 €, selon le taux d’actualisation (5 et 10%, respectivement).

Hydrolien marin

  • En 2016, l’ADEME estime que le coût de production des hydroliennes entre 123 € et 571 € selon le taux d’actualisation (3 et 10%, respectivement).

 Tarif réglementé

  • Ces données peuvent être comparées au tarif bleu réglementé : 132,72 € en 2014

Coût d’acheminement

On distingue le transport de l’électricité haute tension (assuré en France par RTE) et la distribution basse tension (assurée par Enedis, ex ERDF). Le coût d’acheminement est répercuté au consommateur. C’est le Tarif d’Utilisation du Réseau Public d’Électricité (TURPE). Son montant, fixe par kWh quel que soit le lieu de consommation (il y a donc une péréquation tarifaire), est décidé par le gouvernement sur proposition de la Commission de Régulation de l’Electricité (CRE). Le TURPE est voisin de 40 € par MWh. Celui-ci est répercuté sur la facture du consommateur, au niveau du prix hors taxes de l’électricité.

Lors de l’acheminement, il se produit des pertes : 2% environ sur les lignes à haute tension, puis 5% sur le réseau basse tension. Ces pertes contribuent à augmenter le coût de l’électricité fournie au consommateur.

Taxes

En 2017, trois taxes figurent sur nos factures d’électricité :

  • la Taxe sur la Consommation Finale d’Électricité (TCFE), au bénéfice des collectivités locales (commune et département). Elle est fixée à 9,57 € le MWh.
  • la Contribution au Service Public de l’Électricité (CSPE). Elle a pour objet de dédommager les opérateurs des surcoûts engendrés par les obligations qui leur sont imposées par la loi sur le service public de l’électricité : péréquation des tarifs au bénéfice des territoires d’outre-mer, conditions préférentielles pour les familles défavorisées, obligation d’achat d’électricité d’origine renouvelable. La CSPE est fixée à 22,50 € le MWh.
  • la Contribution Tarifaire d’Acheminement de l’Électricité (CTAE), qui finance les retraites des employés des industries électriques et gazières.

Bilan

Pour résumer, en France, le consommateur d’électricité paie :

  • la production de l’électricité, qui inclut :
    • l’amortissement du capital utilisé pour construire la centrale,
    • l’éventuel achat du combustible
    • l’éventuel « achat » du CO2 émis
    • les autres coûts d’exploitation (salariés, traitement des déchets, maintenance, etc),
    • des provisions pour démantèlement (qui ne concernent pas que les centrales nucléaires) : dans des fonds dédiés (immobilier, transport…),
    • d’éventuels fonds pour couverture des accidents (nucléaire ou… barrages).
  • le transport et la distribution (TURPE).
  • le soutien à des filières particulières ou des péréquations tarifaires (CSPE).

Liens utiles

Proposés par le MOOC

Prise de notes/réflexions durant le MOOC

Le coût de production de l’électricité nucléaire est composé de plusieurs
éléments (source, rapport 2014 de la Cour des Comptes) :

  • les dépenses d’exploitation directement liées à la production chaque année (inclut le coût du combustible),
  • les investissements de maintenance réalisés sur les réacteurs,
  • les dépenses futures liées à la production actuelle (coût de démantèlement, gestion des déchets et des combustibles usés) et
  • la prise en compte du coût des investissements passés pour construire le parc
    existant.

Extrait du rapport de la Cour des Comptes :

Pour calculer le coût moyen global, la Cour a repris la méthode, utilisée dans son rapport précédent, du coût courant économique (CCE). Cette méthode repose sur une approche « théorique » qui conduit à calculer a posteriori un « loyer économique » annuel constant depuis la mise en service des centrales et qui permettrait de reconstituer, à la fin de leur durée de fonctionnement, un parc identique au parc initial. Cette méthode définit ainsi un coût global moyen sur toute la durée de fonctionnement du parc, utile pour comparer le prix des énergies entre elles. Elle ne tient pas compte en revanche de l’historique de ce parc, notamment de la manière dont il a été amorti et financé, notamment par les consommateurs, à travers les tarifs réglementés de vente d’électricité.

Tout va bien selon la SFEN :

  • Le coût « cash » de production du parc nucléaire existant est de 33 € le MWh. Dans son rapport, la Cour des Comptes table sur 36 € (selon le Ministère de la transition écologique et solidaire, ce serait 59,8 €)… mais EDF a annoncé des gains de coûts et des économies de 1 Md€/an. La différence entre les 36 € de la SFEN et les 59,8 € de la Cour des Comptes, est due au fait que le loyer économique (cf. ci-dessus), ainsi que les provisions pour le démantèlement et la gestion des déchets et du combustible usé, ne sont pas pris en compte dans la valeur basse. Les coûts de démantèlement et de gestion des déchets seraient déjà approvisionnés, selon la SFEN. Inutile donc de les prendre en compte dans le calcul du coût de production des futurs MWh ;o)
  • Le coût du programme  » Grand carénage  » (1 Md€/an) est intégré dans les 33 € du MWh. Ces 1 Md€ correspondent au surcoût des investissements déjà réalisés par EDF chaque année (4 Md€/an, actuellement). Le « Grand carénage » doit s’étaler sur la période 2014-2025.
  • Les coûts de démantèlement sont couverts à plus de 100% par des actifs dédiés : 19,6 Md€ non actualisés (2015), soit 337 M€ par réacteur (estimation comparable à celle des États-Unis). Sur la Wikipedia, on peut lire 22,2 Md€ en juin 2016. Est-ce suffisant ? Les estimations d’EDF sont basées sur le démantèlement de la centrale de Maine Yankee aux États-Unis. La Cour des Comptes a montré que le doublement de ces coûts aurait une influence limitée (5%) sur le coût de production. Mais les estimations sur le coût de démantèlement des centrales varient énormément d’un pays à l’autre et, de manière générale, à la hausse. Le coût du démantèlement de Brennilis est estimé à près de 0,5 Md€ (estimation 2005 – 20 fois plus que les estimations faites dans les années 70). Au Royaume Uni, il est question de 100 Md€ pour démanteler leur parc nucléaire, soit 5 fois plus que ce que prévoit EDF pour un parc 65% plus important. En Allemagne, le démantèlement de 5 tranches de 440 MW est estimé à plus de 4 Md€ sur 20 ans. Le SFEN considère que : l’homogénéité du parc permettra de faire des économies, les données étrangères ne sont pas pertinentes, le démantèlement des centrales de type REP est plus économique que celui de centrales graphite-gaz, par exemple. Il s’appuie sur un audit mené par le Ministère de l’Énergie et rendu public le 15 janvier 2016 qui conforte les estimations d’EDF.
  • EDF a pu verser 20 Md€ à l’État au cours des 10 dernières années.

Dans son rapport de 2012, la Cour des Comptes chiffrait également les dépenses non prises en compte dans les coûts de l’exploitant puisqu’elles sont financées sur crédits publics, en matière de R&D et de sûreté-sécurité-transparence, et relevait que l’État assure gratuitement une partie du risque « responsabilité civile » en cas d’accident nucléaire.

On peut lire dans le document de la SFEN que les primes d’assurance Responsabilité Civile Nucléaire souscrites par EDF ne s’élèvent qu’à 53 M€ par an, soit 0,1 €/MWh. En cas d’accident, même majeur, la responsabilité de l’exploitant est limitée à seulement 91,5 M€ (ce montant a-t-il été ajusté par la loi de transition énergétique ?). C’est l’État qui assure, gratuitement, le reste. Deux accidents majeurs ont eu lieu durant l’histoire du nucléaire civil mondial. Jean-Marc Jancovici estime à 200 Md€ le coût d’une catastrophe. Ce coût n’aurait-il pas du être approvisionné ? En près de 40 ans, le nucléaire français a produit 13 000 TWh. Le coût d’une catastrophe, rapporté à cette énergie, s’élèverait à 15 € par MWh, si elle avait lieu aujourd’hui. La Cour des Comptes pense que cela risquerait de déresponsabiliser l’exploitant.