Linky et la santé

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omsPour commencer, il est utile de lire les pages explicatives sur les dangers des rayonnement électromagnétiques, sur le site de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L’OMS ne conteste pas qu’au-delà d’une certaine intensité, les champs électromagnétiques soient susceptibles de déclencher certains effets biologiques… Aussi, l’ exposition à des champs dont l’intensité pourrait se révéler dangereuse est limitée par des recommandations ou des directives nationales ou internationales.

Comme le rappelait le Huffington Post au mois de mai 2016 : à ce jour, aucune étude scientifique n’a pu prouver l’effet des ondes  – rencontrées dans la vie courante -, sur la santé. Il convient ici de distinguer deux effets potentiels : le risque de cancers et le syndrome d’hypersensibilité électromagnétique (EHS).

Risques de cancers

Des études statistiques ont montré que des enfants résidant à proximité de lignes à haute tension pouvaient présenter un risque accru de leucémie par rapport à d’autres. Ces lignes génèrent des ondes électromagnétiques de très basse fréquence (50-60 Hz). Une étude, par exemple, publiée en 2005, a conclu que 1% des leucémies infantiles en Angleterre et au Pays de Galle pouvaient être dus à la proximité de ces lignes (champ magnétique supérieur à 0,4 μT)… tout en indiquant qu’aucun mécanisme biologique connu ne peut expliquer ce résultat. Suite à ces études, le Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC) – dépendant de l’OMS -, a placé les champs magnétiques d’extrême basse fréquence (ELF) dans la liste des agents qui sont peut-être cancérogènes pour l’homme (2B), dès 2002 (voir monographie n°80 du CIRC).

L’utilisation de fréquences très élevées (pour le wifi et la téléphonie mobile, par exemple) fait aussi l’objet d’études. Les résultats préliminaires d’une étude en cours du Programme national toxicologique américain (NPT) font, par exemple, état d’un lien entre ondes de téléphone et cancer chez les rats. L’étude complète ne sera cependant pas publiée avant fin 2017.

La précédente étude de grande ampleur, Interphone, a été réalisée sous l’égide du CIRC. Les conclusions, publiées en 2010, ont été rassurantes et décevantes à la fois : l’étude n’a pas montré de risque accru de cancers pour les utilisateurs de téléphones portables mais n’a pas permis de dire que ce risque n’existait pas. L’étude a été contestée par la suite, notamment en raison de biais.

En 2013, le CIRC a placé les rayonnements de radiofréquence (RF) dans sa liste 2B, en attente de nouvelles études (voir monographie n°102 du CIRC – 481 pages). La bande de fréquences concernée est la bande 30 kHz à 300 GHz, comme indiqué au début du résumé de l’étude à la page 405. Les émissions électromagnétiques des CPL bas débit de Linky (35,9-90,6 kHz) sont donc concernées.

Cependant, comme pour toutes les substances qui se trouvent dans les diverses catégories du CIRC, la dose minimale n’est pas indiquée. Il faut lire les monographies, en anglais, pour voir les conditions dans lesquelles ont été menées les expériences. Je note au passage que les extraits de Ginkgo Biloba et d’Aloe Vera sont dans la liste 2B. Ces substances sont pourtant en vente libre et préconisées par certains pour la santé. Les boissons alcooliques, l’amiante, le tabac sous toutes ses formes et la charcuterie (processed meat) se trouvent, elles, dans la catégorie 1 : agents cancérogènes pour l’homme. La consommation de viande rouge se trouve, quant à elle, dans la catégorie 2A : agents probablement cancérogènes pour l’homme. Ces exemples montrent bien qu’il faut relativiser.

L’hypersensibilité électromagnétique

Selon l’OMS, aucune étude ne prouve que le syndrome dit d’hypersensibilité électromagnétique (EHS) soit du aux ondes électromagnétiques. Voir à sujet la note de l’OMS sur sa position officielle. Cette position fait suite à un colloque sur l’hypersensibilité électromagnétique qui s’est tenu à Prague en 2004. Le sujet est cependant très controversé (voir l’affaire Gro Harlem Brundtland (2002)).

Un rapport de l’ANSES sur l’hypersensibilité attribuée aux champs électromagnétiques est en cours de finalisation (voir le pré-rapport daté de juin 2016 et la consultation publique qui lui est liée). Attendons les conclusions du rapport définitif pour se prononcer.

Avis personnel : L’anxiété véhiculée par les collectifs anti-Linky lors de leurs réunions publiques, associée au passage en force des sous-traitants d’ENEDIS chez des consommateurs qui ont exprimé leur refus de voir leur compteur remplacé, est susceptible de provoquer une psychose et dont les symptômes sont ceux de l’EHS (appelée aussi Intolérance Environnementale Idiopathique aux Champs Électromagnétiques (IEI-CEM)). Autrement dit, il s’agirait d’un effet nocebo. On peut très bien comprendre le malaise de personnes qui, rentrant de vacances, constatent que leur compteur a été changé alors qu’ils avaient fait des démarches pour qu’il ne le soit pas. Il conviendrait de calmer le jeu de part et d’autre.

Pour en savoir plus sur l’électrosensibilité :

Seuils de protection

Linky transmet ses données via la technique des Courants Porteurs en Ligne (CPL) bas débit : protocole G3-PLC, spécialement développée pour les réseaux intelligents de distribution d’électricité (smart grids).  En Europe, le CPL bas débit utilise la bande de fréquence 9-150 kHz ; aux Etats-Unis, la bande 150-450 kHz. A noter que le CPL haut débit utilise lui, la bande de fréquence HF (1,6-30 MHz), c’est à dire, en grande partie, celle des ondes courtes (cf. plus bas).

En France, le protocole G3-PLC utilise la bande fréquence CENELEC-A (35,9-90,6 kHz).  Nous sommes encore dans le domaine des basses fréquences (voir tableau dans l’article de la Wikipedia). A titre de comparaison, les téléphones portables, la télévision numérique, le wifi, les fours à micro-ondes… fonctionnent entre 0,3 et 3 GHz. Il s’agit alors d’ultra hautes fréquences.

Les champs électromagnétiques générés par tout type d’équipement électrique, sont de deux types : le champ électrique dont l’intensité est exprimée en volt par mètre (V/m) et le champ magnétique dont l’intensité est exprimée en Tesla (T). Notons que nous ne parlerons pas ici du Débit d’Absorption Spécifique (DAS), qui mesure la puissance absorbée par kg de tissus humains, en W/kg. Cette notion est spécifique des ondes à hautes fréquences.

Les mécanismes d’action et la distribution du champ dans le corps dépendant fortement de la fréquence, chaque champ fait l’objet de seuils acceptables par l’homme pour une fréquence donnée. Les valeurs limites d’exposition du public ont fait l’objet d’une recommandation européenne (12 juillet 1999) basée sur les travaux de la Commission Internationale de Protection contre les Rayonnements Non Ionisants (ICNIRP) réalisés en 1998. Le décret N° 2002-775 du 3 mai 2002 fixe les seuils pour la France. A la fréquence du CPL de Linky, ils ont respectivement pour valeurs 87 V/m et 6,25 μT (voir figure ci-dessous). A 50 Hz, les valeurs limites sont bien supérieures : 5000 V/m et 100 μT.

Valeurs-limites fixées par le décret du 3 mai 2002
en champ magnétique exprimé en μT
et en champ électrique exprimé en V/m
(graphes ANFR)

La Commission Européenne a mandaté des comités d’experts pour analyser les études publiées depuis la recommandation européenne de 1999. Le CSTEE (Comité Scientifique sur la Toxicité, l’Eco-toxicité et l’Environnement) et le SCENIHR (Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks) ont  publié leurs rapports en 2001, 2007 et 2009. Ils ont conclu, qu’aucune nouvelle étude, ni avis d’expert, ne justifiait un quelconque changement de la recommandation européenne de 1999. Le SCENIHR a cependant noté un manque d’études dans le domaine des fréquences intermédiaires.

L’ICNIRP a revu ses guides en 2010. Les valeurs limites d’exposition aux radiations recommandées pour le public figurent dans la table 4 du guide pour les fréquences 1 Hz-100 kHz. On notera qu’elles sont plus élevées que celles en vigueur en France (décret de 2002).

La loi du 9 février 2015 – dite loi Abeille du nom de la députée Europe Écologie Les Verts Laurence Abeille qui l’a proposée -, relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques, protège les citoyens contre la proliférations d’ondes électromagnétiques qui seraient nocives à leur santé. A l’article 1, il est rappelé qu’un décret définit les valeurs limites des champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de communications électroniques ou par les installations mentionnées à l’article L. 33-3 (du code des postes et télécommunications électroniques), lorsque le public y est exposé.

Se reporter au site institutionnel français sur les fréquences pour connaître la manière dont ont été élaborées les limites d’exposition.

Il est exact que les seuils sont basés sur l’identification d’un niveau d’exposition à partir duquel il est possible d’observer un premier effet thermique sur un organisme vivant. Un facteur 50 est alors appliqué. Seuls les effets thermiques sont reconnus par l’OMS.

Il est exact aussi qu’un certain nombre de pays européens ont choisi des seuils plus bas que ceux préconisés par l’ICNIRP, par principe de précaution… mais ces différences ne concernent apparemment que les hautes fréquences : celles de la téléphonie mobile et du wifi, notamment. Quoiqu’en disent certains, en suède, les seuils sont les mêmes qu’en France.

Les associations anti-Linky se réfèrent au rapport du groupe BioInitiative pour exiger des seuils plus bas que ceux de l’ICNIRP. Ce rapport a fait l’objet de plusieurs critiques. Le rapport de l’AFSSET – devenue ANSES -, au Sénat, daté de 2009, note par exemple, que la co-éditrice du rapport, Cindy Sage, est propriétaire d’une société, Sages Associates, qui propose des solutions commerciales pour atténuer ou protéger contre les champs électromagnétiques. Le rapport a été publié une deuxième fois, en 2012, après analyse de 1800 nouvelles études.

En 2011, suite au rapport de Jean Huss, député écologiste européen (Luxembourg), le Conseil de l’Europe a recommandé à ses états membres s’agissant de l’utilisation individuelle du téléphone portable, du téléphone sans fil DECT, du Wi-Fi, du WLAN et du WIMAX pour les ordinateurs et autres applications sans fil, par exemple les interphones pour la surveillance des bébés… de fixer un seuil de prévention pour les niveaux d’exposition à long terme aux micro-ondes en intérieur, conformément au principe de précaution, ne dépassant par 0,6 volt par mètre, et de le ramener à moyen terme à 0,2 volt par mètre. Il s’agit ici du domaine des ultra hautes fréquences, pas de celui des basses fréquences utilisées par le CPL de Linky.

Mise en doute de l’impartialité de l’ICNIRP et de l’OMS

Dans son rapport, Jean Huss met en doute l’indépendance de l’ICNIRP, « ONG à origine et à structure peu transparente, soupçonnée de liens assez proches avec les industries dont l’essor dépend des recommandations de valeurs seuils maximales pour les différentes fréquences des champs électromagnétiques ».

Selon les associations qui luttent contre les ondes électromagnétiques, les agences de santé publique et l’OMS sont infiltrées par des « scientifiques mercenaires », payés par lindustrie : pour démontrer quil ny a pas de risques ; pour fabriquer des mensonges” ; pour dénigrer les études qui gênent ; pour réaliser des études conçues pour ne rien trouver…(cf. le documentaire Ondes, science et manigances). L’industrie des téléphones mobiles mène une stratégie de défense de ses produits comme l’ont faite celles du tabac et de l’amiante à d’autres époques.

Ces associations attaquent notamment Michael Repacholi, physicien et biologiste australien qui, après avoir été président-fondateur de l’ICNIRP dans les années 90, a été directeur du département des effets des champs électromagnétiques sur la santé à l’OMS pendant dix ans, avant de se retirer, en 2006, comme consultant des industriels des télécommunications. En 1997, il a été le principal auteur d’une étude ayant montré un risque accru de cancers chez des souris soumises à des rayonnements de téléphones portables. Plus tard, à l’OMS, il a fait valoir que les rayonnements des téléphones mobiles ne présentaient pas de danger si leur utilisation respectait les seuils recommandés par l’ICNIRP. Ceci a été jugé, par ses détracteurs, comme un revirement suspect.